‘‘Les pratiques transfrontalières des familles alsaciennes’’

 

 

Enquête réalisée de Septembre à Décembre 2005

 

 

Avril 2006

Document rédigé pour l’Observatoire Régional de la Famille par M. BOUBACAR YADIGA Moctar, Stagiaire Master 2 Démographie sous la direction d’Elisa Guiraud Terrier, Chargée de mission

 

 

Union Départementale des Associations Familiales du Bas-Rhin

 

Union Départementale des Associations Familiale du Haut-Rhin

 

Union Régionale des Associations Familiales

 

En partenariat avec les Caisses d'Allocations Familiales du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et la Mutualité Sociale Agricole Alsace

 

Union Départementale des Association Familiales du Bas-Rhin

19-21 Faubourg National- BP 70062

67067 Strasbourg Cedex

Tél.: 03 88 52 89 89

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Contact : Marie Laure

Mail : mlobrecht@udaf67.unaf.com

 

           Les UDAF du Bas-Rhin et du Haut-Rhin (Union départementale des associations Familiales) sont des associations de droit local reconnues d'utilité publique.

Conformément à l'ordonnance du 3 mars 1945 et à la loi du 11 juillet 1975, les UDAF en relation avec l'UNAF (Union Nationale des Associations Familiales) sont habilitées à donner leur avis aux pouvoirs publics sur des questions concernant les familles, à les représenter et à gérer tout service d'intérêt familial.

En 1999, les UDAF du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont souhaité avec l'URAF (Union Régionale des Associations Familiales) mettre en place un Observatoire Régional de la Famille.

 L'Observatoire est un outil qui œuvre dans le sens de la politique familiale : faire remonter les besoins des familles et ceci afin de remplir au mieux la mission institutionnelle des UDAF : représenter les familles.

 

L’enquête est réalisée à partir d’un panel de 600 familles (300 pour le Bas-Rhin et 300 pour le Haut-Rhin). Cet échantillon, construit à partir du recensement de 1999 (INSEE) a pour caractéristique d'être représentatif de la population alsacienne. Il tient compte d'un certain nombre de caractéristiques combinées entre elles comme, le type et la taille de la famille, la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence et l'âge de cette personne ainsi que le territoire d’habitation.

 

L'enquête "Les pratiques transfrontalières des familles alsaciennes" a pour objectifs de :

 

 

Ø     mieux cerner les raisons pour lesquelles les familles alsaciennes passent la frontière (Allemagne- Suisse).

 

 

Ø     Faire un état des lieux des connaissances et des perceptions qu’ont les gens des dispositifs et des politiques de coopération transfrontalière et leurs perspectives.

 

 

 

LA PROBLEMATIQUE

 

 

v      Question principale :

 

« Compte tenu de l’histoire et des caractéristiques géographiques de l’Alsace, est-ce qu’en dehors du travail frontalier, le passage de la frontière s’inscrit dans le quotidien des familles alsaciennes ? »

 

v      Idée directrice :

 

« La mobilité des familles en zone frontalière est liée à des facteurs socio- économiques et culturelles. »

 

 

Profil des répondants

 

On a enregistré 314 répondants dont : 56% du Bas- Rhin et 44 % du Haut- Rhin. On note une sous représentation du milieu urbain (21 %), des ouvriers (6 %) et des personnes de la tranche d’âge des 15-29 ans (3 %). Par contre, il y a une surreprésentation du milieu rural (23 %), des employés (31 %), des cadres et professions intellectuelles supérieures (22 %) et des personnes de la tranche d’âge 50 ans et plus (50 %).

 

Comment se traduisent les pratiques transfrontalières des familles alsaciennes ?

 

On distingue trois catégories :

  1. Les travailleurs frontaliers (échange professionnel)
  2. Les frontaliers de cœur (relations d’affinités avec les résidents en Allemagne et en Suisse)
  3. Les frontaliers par opportunité (consommation et loisirs)

 

1. Les travailleurs frontaliers

 

D’après notre étude, 6 % des répondants travaillent en Allemagne ou en Suisse et ce pourcentage masque une disparité entre la Suisse (4 %) et l’Allemagne (2%). Ce sont surtout des employés (39 %), des cadres et professions intellectuelles supérieures (26 %) ainsi que des professions intermédiaires (17%). Le travail frontalier concerne plus les Bas- Rhinois (11 % des répondants) que les Haut-Rhinois (2 %).

La proportion des frontaliers varie donc selon le lieu de résidence. Cependant, même si les femmes ne représentent guère plus d’un douzième de l’ensemble des frontaliers, le mouvement frontalier a tendance à se féminiser surtout en ce qui concerne les cadres et professions intellectuelles supérieures où elles sont 28 % contre 8 % chez les hommes. La moyenne d’âge de ces frontaliers est de 39 ans. En effet 56 % d’entre eux ont entre 30- 49 ans alors que le poids de cette tranche d’âge dans notre enquête n’est que de 47 %. Dans les deux tranches d’âges extrêmes, en revanche, ils sont moins nombreux et singulièrement parmi ceux de moins de 29 ans (3%).

Mais en moyenne les frontaliers vers l’Allemagne sont plus jeunes que ceux qui se rendent en Suisse. En Allemagne 50 % des frontaliers sont des ouvriers alors qu’en Suisse ils ne sont que 22 %. Enfin, 87 % des répondants sont des couples  avec en moyenne deux enfants à charge.

 

2. Les frontaliers de coeur

 

Parmi les 96 % de personnes ayant déjà effectués en moyenne un voyage que ça soit en Suisse ou en Allemagne, 21 % déclarent avoir des proches résidents en Allemagne contre 13 % en Suisse. Ces relations sont beaucoup plus orientées vers l’Allemagne. Les répondants parlent l’allemand à un taux de 72 %.

 Autant, ils ont des proches dans ces deux pays, autant nos répondants estiment à 92 % qu’ils n’envisagent pas d’habiter à l’étranger parce qu’ils n’ont pas envie de quitter la France (67 % des répondants) et pour d’autres raisons (17 %).

Ces derniers chiffres sont illustratifs du manque d’attraction affective.

 

3. Les frontaliers par opportunité

 

Au-delà du travail frontalier, les familles alsaciennes franchissent la frontière afin de profiter des opportunités qu’offrent les deux pays voisins en terme d’achat de consommation et de loisirs et détentes.

C’est ainsi que concernant le volet consommation, en Allemagne nos répondants affirment avoir quatre principaux postes de consommation : les produits alimentaires (66%), les produits d’hygiènes (62%), les vêtements (49%) et les consommables informatiques (38%).

 En Suisse, cette pratique porte essentiellement sur trois postes et cela à des proportions plus faibles qu’en Allemagne : les produits alimentaires (42%), les vêtements (42 %) et le carburant (30%). En matière de consommation les familles alsaciennes se comportent différemment selon qu’elles vont en Allemagne ou en Suisse. Ce qui les oppose surtout dans  ces deux pays, ce sont surtout les consommations de produits d’hygiènes et de carburant. En Allemagne, les frontaliers consommateurs sont en majorité (49 % des répondants) des adultes de 30-49 ans et ils paient surtout les produits d’hygiène (68 % des répondants), les produits alimentaires (65 % des répondants) et les consommables informatiques (42 % des répondants).

En Suisse par contre ce sont surtout les 50-64 ans (47 % des répondants) et leurs achats portent essentiellement sur les vêtements (50 % des répondants), les produits alimentaires (40 % des répondants) et le carburant (20 % des répondants). D’autre part pour ces frontaliers consommateurs qu’ils maîtrisent la langue allemande (72 % des répondants) ou non (28 % des répondants), leurs achats sont sensiblement de même ordre :

*      Produits alimentaires (66 %   63 %)

*      Produits d’hygiène (63 %  58 %)

*      Consommables informatiques (40 %  36 %)

La langue n’a aucun effet sur le niveau de consommation.

En Allemagne, les frontaliers consommateurs sont en majorité des employés (36 %), puis des cadres et professions intellectuelles supérieures (20 %) et des professions intermédiaires et retraitées (14 %).

Par contre, en Suisse, 23 % sont des retraités, 21 % de professions intermédiaires et 19 % sont des cadres et professions intellectuelles supérieures.

La tendance pour la fréquence des achats de produits est mitigée. En effet, 33 % des répondants affirment faire des achats une fois par mois en Allemagne contre 12 % en Suisse.

Par contre, 68 % des répondants affirment faire des au moins une fois par an des achats en Suisse contre 46 % en Allemagne.

Mais, il faut noter que pour les répondants qui déclarent faire des achats plus d’une fois par semaine, la fréquence est relativement faible et est de 4 % en Allemagne contre 6 % en Suisse. Cela traduit donc que ces achats aussi bien en Allemagne qu’en Suisse, ne sont ni substitutifs encore moins exclusifs, mais plutôt complémentaires à des achats en France. Ce qui relativise à juste titre cette attraction.

Enfin, la majorité des frontaliers consommateurs résident à moins de 50 Km respectivement des frontières allemande et suisse dans des proportions de 57 % et 44 %.

 

Quant aux loisirs, nos répondants affirment fréquenter en Allemagne surtout les parcs d’attraction (76%), les thermes et les piscines (60%) et à moindre degré suivent la TV allemande (54%) ; alors qu’en Suisse, ces pratiques se résument à suivre la TV suisse (59 %) et à visiter les sites historiques (37%) ainsi que les musées (34%). Il en résulte aussi que le comportement en matière de loisirs diffère selon qu’on est en Allemagne ou en Suisse et c’est surtout la présence dans les parcs d’attraction ainsi que dans les thermes et piscines qui opposent ces deux profils. En Allemagne, ces frontaliers sont en majorité (48 %) âgés de 30-49 ans et ils y vont surtout dans les parcs d’attraction (85 % des répondants), dans les thermes et piscines (68 % des répondants) et 45 % regardent la TV. Par contre en Suisse, ils sont âgés de 50-64 ans (43 %) et regarde surtout la TV (58 % des répondants), visite les sites historiques (47 % des répondants) et les musées (37 %). Parmi, les 72 % qui parlent la langue allemande, 64 % regarde la TV, 65 % vont dans les thermes et piscines et 77 % vont dans les parcs d’attraction et ce pourcentage est le même pour les 28 % qui ne parlent pas l’allemand.

Par contre 27 % et 47 % d’entre eux regardent respectivement la TV et vont dans les thermes et piscines. A priori, la langue influe sur le fait de regarder la Tv ou d’aller dans les piscines et non dans le fait de visiter les parcs d’attraction.

 

En Allemagne, les loisirs sont surtout le fait des employés (30 % des répondants) puis des cadres et professions intellectuelles supérieurs (22 %) et des retraités (17 %).

Mais en Suisse, ils sont l’apanage des cadres et professions intellectuelles supérieures (29 % des répondants), puis des employés (21 % des répondants) ainsi que des professions intermédiaires (18 % des répondants) et des retraités (17 % des répondants). Enfin la majeure partie de ces frontaliers respectivement 60 % et 42 % résident à moins de 50 Km des frontières allemande et suisse.

 

  • Que ça soit pour la consommation ou les loisirs, les frontaliers passant la frontière allemande sont plus jeunes que ceux qui franchissent la frontière suisse
  • La langue n’influe pas significativement sur le niveau de consommation et les loisirs
  • Vers l’Allemagne, ces frontaliers sont surtout des employés (33 %), des cadres et professions intellectuelles supérieurs (21 %) et des retraités (15 %)
  • Vers la Suisse, ils sont plutôt cadres et professions intellectuelles supérieures (29 %), retraités (20 %), professions intermédiaires (19 %) et employés (17 %).
  • Ils sont tous résidents proches de leurs frontières respectives.

 

La santé

 

            Notre enquête fait ressortir que peu de familles alsaciennes passent la frontière pour recevoir des soins médicaux et leur proportion varie de 10% en Allemagne à 3% en Suisse.

La majorité (54 %) affirme avoir reçu ces soins par obligation (présence accidentelle sur les lieux) et non pour la qualité des soins prodigués quand bien même ils sont aussi satisfaits des soins reçus dans 53 % des cas.

 

Les pratiques des enfants en Allemagne et en Suisse           

 

Comme nous l’avons indiqué plus haut, la plupart des familles alsaciennes passant la frontière a en moyenne deux enfants à charge (48 %). Les tranches d’âges les plus représentatives sont les 25 ans et plus (29%), les 13-18 ans et les 0-12 ans (24%) et les 19-25 ans (23%).

Ces « enfants »  pratiquent peu le sport aussi bien en Allemagne qu’en Suisse comme le reflète leurs taux respectifs de 3% et 4%. Peu d’enfants (18 %) effectuent un séjour linguistique. En Allemagne ils sont nettement plus nombreux (34 %) qu’en Suisse (2 %).

 79 % nos répondants affirment que seule l’école organise de tel séjour, en dehors d’elle il n’ y a aucune initiative de ce genre et en général on avance des arguments tels que le refus des enfants  (41 % des cas) ou la non maîtrise de la langue par ces enfants (24 % des cas).

Il ressort aussi que peu d’enfants (8 %) vont étudier à l’étranger respectivement 4 % en Suisse  et 13 % en Allemagne.

Ces chiffres pourraient trouver leur origine dans le fait que 59% de nos répondants estiment connaître le système scolaire allemand contre 10% seulement pour celui de la Suisse. Pour autant respectivement 90 % et 58 % des répondants sont hostiles à l’adaptabilité du système scolaire français à ceux de la Suisse et de l’Allemagne.

 

Les perceptions et les attentes des familles concernant les politiques de coopération transfrontalière

           

Il résulte de notre enquête que les familles alsaciennes ont une connaissance assez limitée des dispositifs et des instruments de coopération transfrontalière puisqu’elles ne sont que 43% à connaître Eurodistrict, 28% à connaître Pamina et seulement 22% et 7% à connaître respectivement Info best et Euro institut.

Situées en marge des systèmes politiques nationaux, les politiques transfrontalières ne s’appuient pas sur une forte légitimité populaire. Elles restent une démarche d’avant-garde, sans appui fort de l’opinion publique.

Par contre, l’écrasante majorité des répondants (97%) affirme que l’Euro facilite le passage d’une frontière à l’autre, facilitant  ainsi l’accès à des services de proximité.

93 % des répondants estiment qu’il faut agir en faveur des pratiques transfrontalières en privilégiant des domaines clés comme :

 

Ø     La consommation (pour 64 % des répondants)

Ø     La culture (pour 64 % des répondants)

Ø     Les services publics (pour 49 % des répondants)

Ø     La santé (pour 45 % des répondants)

Ø     La justice (pour 42 % des répondants)

 

Pour mieux orienter et soutenir ces pratiques transfrontalières, les familles interrogées estiment qu’il faut mettre en place des mesures concrètes telles que :

v      Développer davantage le réseau de transport (train, tram, bus) (pour 71 % des répondants)

v      Plus de points d’informations et de renseignements sur l’Allemagne et la Suisse (pour 52 % des répondants)

v      Développer davantage le réseau de transport en commun reliant la France à la Suisse (pour 37 % des répondants)

v      Autres (pour 6 % des répondants)

 

CONCLUSION :

 

Les familles alsaciennes passent la frontière surtout pour de besoins de consommation et de loisirs, puis à des degrés moindres, dans le cadre du travail frontalier et des relations de proximités qu’elles nouent et entretiennent avec ceux de l’autre côté de la frontière.

Pour ces familles là, les disparités en terme de revenus, sont à prendre en compte pour cerner les motivations des travailleurs qui passent la frontière. Pour autant, elles préfèrent largement habiter en France que de l’autre côté de la frontière.

Quant aux relations d’affinités, elles semblent trouver leur origine dans la proximité géographique.

Mais c’est surtout, les opportunités en matière de consommation et loisirs qui incitent ces familles à franchir la frontière.

Ces pratiques  correspondent-t-elle pour autant à une culture et une identité commune ? 

 93 % des répondants, pensent que l’élargissement progressif des initiatives transfrontalières à d’autres acteurs semble la condition sine qua non à toute implication du citoyen.

Dans cette perspective, la logique de gouvernance semble être un instrument privilégié d’apprentissage collectif et de réunification sociale autour des dynamiques transfrontalières.

 Ces dernières, nécessitent la mise en place et le développement de réseaux de transport ainsi que la multiplication soutenue des points d’informations sur les pays frontaliers dans l’optique de renforcer ces pratiques dans les domaines de : la consommation, la culture, les services publics, la santé, la justice pour ne citer que ceux-ci.

 

  Nous souhaitons donc que la publication de ce rapport puisse apporter des pistes de réflexion sur le volet du transfrontalier qui est plus que jamais d’actualité en Alsace.

 

Pour avoir le rapport complet, prière de vous adresser à l’UDAF du Bas-Rhin.

 

 

 

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